Reuters | 05.09.10 | 19h30
PARIS (Reuters) - Le gouvernement aborde une semaine délicate et agitée avec la journée d'action mardi contre la réforme des retraites à laquelle s'opposent les syndicats et une opposition revigorée.
A l'épreuve de la rue, s'ajoutent la fragilisation du ministre du Travail, Eric Woerth, mis en cause dans l'affaire Bettencourt et les critiques contre l'offensive sécuritaire menée cet été par Nicolas Sarkozy et ses principaux ministres.
Selon un sondage Harris interactive pour RTL, diffusé dimanche soir, 60% des Français pensent qu'Eric Woerth ne devrait pas demeurer le ministre en charge de cette réforme" et 71% attendent des concessions du gouvernement.
Les syndicats espèrent rassembler plus de deux millions de personnes dans toute la France et dépasser ainsi le chiffre atteint lors des précédents défilés du 24 juin (700.000 manifestants selon la police).
Leur refus s'est cristallisé d'emblée sur la principale mesure de la réforme, le report de 60 à 62 ans de l'âge légal de départ en retraite, encore loin des 67 ans en vigueur en Allemagne, une solution inévitable selon l'exécutif pour sauver un système par répartition menacé d'insolvabilité.
Leur journée de mobilisation, qui coïncide avec l'ouverture des débats sur le projet de loi à l'Assemblée nationale, s'annonce compliquée pour les usagers des transports en commun et les parents d'élèves.
Le trafic est annoncé réduit à la SNCF et "très perturbé" à la RATP. Les tramways, bus et métros des villes de province seront également touchés.
Nicolas Sarkozy est "tout à fait déterminé à aller jusqu'au bout", a réaffirmé dimanche Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée, indiquant que des propositions seraient faites la semaine prochaine sur certains aspects du dossier mais que le fond de la réforme ne serait pas touché.
RAPPORT DE FORCE ?
Selon un sondage Ifop pour Ouest France dimanche, 70% des Français approuvent la grève de mardi. Pour Harris Interactive, 62% des personnes interrogées soutiennent la mobilisation.
Cependant, une majorité des personnes interrogées (53%) juge acceptable le report de l'âge légal de départ à la retraite.
Les syndicats affirment toujours qu'ils peuvent gagner face à un gouvernement qui semble miser de son côté sur l'essoufflement du conflit.
"On est dans le rapport de forces qu'a voulu le gouvernement", a déclaré dimanche Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière, qui espère "plus de deux millions" de manifestants.
Le gouvernement a quelque peu ressoudé les rangs des opposants en rejetant les propositions de la CFDT, qui avait semé le trouble dans le camp syndical en demandant notamment le maintien à 65 ans de la pension automatique à taux plein.
Claude Guéant a cependant annoncé que le gouvernement ferait des "propositions supplémentaires" sur la prise en compte de la pénibilité, les carrières longues ou la question des polypensionnés.
"Des propositions qui vont venir par la voix d'Eric Woerth dans les jours qui suivront l'ouverture du débat" parlementaire, a-t-il précisé.
Le ministre du Travail, de plus en plus malmené pour un possible conflit d'intérêt en marge de l'affaire Bettencourt, a été désavoué par deux dirigeants syndicaux, Bernard Thibault (CGT) et François Chérèque (CFDT).
Se démarquant des autres leaders syndicaux, Jean-Claude Mailly a assuré dimanche qu'il ne demandait pas son départ.
"Qu'on se comprenne bien, ce n'est pas la réforme Eric Woerth. C'est aussi une réforme voulue par le président de la République, soutenue par le Premier ministre", a-t-il expliqué sur Europe 1.
"A la limite, on peut même penser que le fait que ce soit M. Woerth, ça va booster les mobilisations" contre la réforme", a-t-il ajouté.
De fait, des groupes de manifestants ont déjà préparé des banderoles réunissant la milliardaire Liliane Bettencourt, le ministre du Travail et Nicolas Sarkozy sur le thème "redistribution des richesses".
Nicolas Sarkozy "n'est absolument pas un président des riches", s'est défendu Claude Guéant : ni dans son style car "il travaille tout le temps", ni dans sa politique marquée par des mesures comme la revalorisation du minimum vieillesse ou les internats d'excellence pour les jeunes talentueux des quartiers défavorisés.
Gérard Bon, édité par Yann Le Guernigou
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