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La dernière chance de la réunification - LExpress.fr
 

Grande Normandie

La dernière chance de la réunification

Par TrentesauxJacques, TrentesauxJacques, publié le 11/03/2010 à 16:38 - mis à jour le 15/03/2010 à 15:02

 
 

Grand Paris, réforme des collectivités locales : les projets gouvernementaux sont venus réveiller les rêves d'unification de la Normandie. Mais les élus peinent à parler d'une même voix. Ce dossier lancinant pourra-t-il aboutir ?

La Normandie, on l'aime. Mais en faut-il vraiment deux ?" La petite phrase de Nicolas Sarkozy est venue relancer le vieux rêve, aux allures d'Arlésienne, de la réunification. Voilà vingt ans que les élus locaux de tout bord la promettent.

Unie, la Normandie ne deviendrait-elle pas ipso facto la 5e région de France ? Ne serait-elle pas plus forte pour affronter la compétition entre territoires ? La coupure artificielle en deux régions administratives, entérinée par décret en 1960, ne s'évanouirait-elle pas ? Las. Depuis, les rapports se sont accumulés... mais les promesses sont restées lettre morte. Au point que la population, plutôt favorable à l'idée, ne semble plus trop y croire.

Et voilà que le président de la République prend tout le monde à contre-pied. "Cela nous a bousculés. On est sorti de notre ronronnement", reconnaît Jean-François Le Grand, président (UMP) du conseil général de la Manche et tête de liste aux régionales en Basse-Normandie. L'intervention présidentielle est passée d'autant moins inaperçue qu'elle s'inscrit dans un contexte singulier.

La réforme des collectivités locales facilitera, si elle est adoptée, les expérimentations territoriales - et notamment les regroupements de régions. Surtout, Nicolas Sarkozy a repris à son compte les travaux de l'architecte Antoine Grumbach sur le Grand Paris et son ouverture maritime. Tout en promettant la construction d'une ligne à grande vitesse (LGV) entre Paris et Le Havre.

"C'est l'opportunité du siècle ! s'enflamme Alain Cousin, député (UMP) de la Manche. A nous de jouer dans la cour des grands avec le Grand Paris." L'ancien député (PRG) du Calvados Alain Tourret est sur la même ligne : "Jusqu'alors, Paris était tenté de regarder vers Lille et le coeur de l'Europe.

Pour la première fois, un schéma de développement vers l'ouest apparaît. Le potentiel de développement économique est énorme." Mais d'autres voix se font critiques. "Avec son TGV qui oublie Caen, Nicolas Sarkozy est en train de couper en deux la Normandie, fustige ainsi Bernard Cazeneuve, le député-maire (PS) de Cherbourg. S'il avait voulu complexifier la réunification, il ne s'y serait pas pris autrement." Le Grand Paris serait-il incompatible avec la Grande Normandie ? Ou, au contraire, sa dernière chance ?

C'est en Basse-Normandie que les annonces présidentielles ont suscité le plus d'émoi. Normal. Dans son premier discours, Nicolas Sarkozy laissait entrevoir un tracé de LGV situé au nord de la Seine et reliant Paris au Havre en une heure, ce qui supposait de ne pas passer par le centre de Rouen. Une véritable provocation pour les Rouennais comme pour les Bas-Normands ! Depuis, le président a rectifié le tir et promis une infrastructure "qui reliera Paris au Havre par Mantes et Rouen en une heure et quart et profitera également aux deux régions". Une phrase savamment soupesée... Il n'empêche ! La crainte de marginalisation fut telle que les élus bas-normands, toutes étiquettes politiques confondues, font bloc.

Laurent Beauvais, président (PS) du conseil régional de Basse-Normandie, est en première ligne. Sa stratégie ? Présenter un front uni pour défendre la stratégie du "Y" ferroviaire. A hauteur de Rouen, la LGV normande se scinderait en deux tronçons allant l'un vers Le Havre, l'autre vers Caen. L'objectif - crucial - est d'arrimer la Basse-Normandie au Grand Paris, mais aussi de rapprocher les trois grandes villes normandes.

"J'ai obtenu le déclenchement d'études de faisabilité d'une LGV jusqu'à Caen", se réjouit Laurent Beauvais, qui a dû mettre 300 000 euros au pot pour y parvenir. La stratégie est audacieuse. Car les élus courent le risque, en réclamant une ligne nouvelle d'un coût exorbitant (environ 10 milliards d'euros pour l'ensemble du "y"), d'hypothéquer les engagements gouvernementaux de modernisation de la ligne existante Paris-Caen-Cherbourg.

Les géographes déploient force arguments favorables

Aujourd'hui, il est difficile de trouver un élu bas-normand hostile à la réunification. Même parmi ceux qui, comme Jean-François Legrand, disent appartenir à la "Normandie armoricaine" et se tournaient jusqu'alors "tout naturellement" vers le Grand Ouest. "Notre intérêt est de nous rapprocher d'un pôle européen comme l'Ile-de-France... à condition d'avoir la capacité d'exister en tant que grande Normandie pour ne pas être transformés en réserve d'Indiens du Grand Paris." Fervent partisan de l'unification, Alain Tourret a livré en urgence, fin décembre, un énième rapport sur la question.

L'intérêt de ce nouvel opus ? Avancer des propositions concrètes - la création d'une université anglophone, l'harmonisation des outils administratifs entre conseils régionaux, le lancement d'un grand emprunt interrégional, etc. - pour tenter d'emporter la décision.

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